Siléye Gorbal Sy, auteur d’une publication sur l’éducation :«Ce livre est le fruit d’une longue expérience dans le secteur que je souhaite capitaliser»

« Situation éducationnelle au Sénégal : vision d’un acteur ». Tel est le titre du livre publié, la semaine dernière, par Silèye Gorbal Sy, aux Editions universitaires européennes. Dans cet ouvrage, l’expert en éducation fait le point sur la situation du secteur et fait des recommandations. Il est le président de la Coalition nationale éducation pour tous (Cnept).

M. Sy, pourquoi ce livre sur la situation éducationnelle au Sénégal ?

L’éducation au Sénégal, c’est le formel avec tous les ordres d’enseignement, c’est-à-dire du préscolaire au supérieur, mais aussi le non formel avec l’alphabétisation et les écoles communautaires de base en passant par les « daaras ». Je suis un enseignant de formation qui a eu à pratiquer la classe à l’intérieur du pays et à Dakar. L’éducation au Sénégal, c’est aussi les grandes concertations nationales comme celles de l’enseignement supérieur et les Assises nationales de l’éducation et nous y avions participé activement. La situation de notre éducation s’inspire aussi du niveau mondial comme le forum de Jomtien et de Dakar 2000. Notre système éducatif est marqué par des partenariats dynamiques entre les différents acteurs. C’est dans ce contexte que nous avions eu à mettre en place la première coalition en éducation avec les syndicats, les Ong, les parents d’élèves et d’autres, en vue d’atteindre les objectifs de l’éducation pour tous et de qualité. Nous avons mené différentes activités dans le cadre de cette coalition comme le renforcement de capacités des acteurs, des fora sur l’éducation, des leçons de vie sur le Sida à l’école et des plaidoyers à l’Assemblée nationale, au Conseil économique et social et au Parlement européen et avec des artistes de renommée internationale comme Baaba Maal. Comme vous le savez, depuis quelques années, notre système éducatif est secoué par des grèves récurrentes et sur ce, et parfois en rapport avec le Comité de dialogue social, nous avons eu à apporter notre contribution significative pour un espace scolaire apaisé. Ce livre est le fruit d’une longue expérience dans le secteur de l’éducation et de la formation que l’auteur, qui demeure un acteur et militant de l’école, souhaite capitaliser avec toute la communauté éducative nationale, africaine et internationale. Ce livre est un produit mais aussi une suite logique de mon engagement permanent au service de l’éducation de mon pays.

Quelle est la situation de l’éducation au Sénégal que vous évoquez dans le livre ?
Il est difficile, voire impossible pour nous, de dire de façon exhaustive, la situation de l’éducation au Sénégal sur un livre ou un journal. Mais en tant qu’acteur du secteur, nous ne pouvons que donner notre propre vision sur l’état des lieux de notre école. L’éducation au Sénégal, qui s’inspire des références mondiales comme la conférence de Jomtien, le Forum de Dakar, est en train de mettre en œuvre le Programme d’amélioration de la qualité, de l’équité et de la transparence. Les résultats du Bac et du Bfem de cette année ne reflètent pas des performances meilleures de notre système éducatif. Au moment où en France, les résultats du bac tournent autour de 80 %, ceux du Sénégal n’ont pas dépassé les 40 %.Les grèves récurrentes ces dernières années ont, à coup sûr, impacté sur les résultats scolaires, notamment les examens, même si, cette année, l’école n’a pas connu de perturbations. Selon aussi les acteurs syndicaux de l’enseignement, le protocole d’accord signé, en notre présence au mois d’avril dernier avec le G6, n’est toujours pas respecté ainsi que le monitoring qui a été proposé par le Premier ministre et son gouvernement.La situation actuelle de notre éducation aussi, c’est l’excellence qui est célébrée à travers le Concours général. Mais le constat est que chaque année, ce sont pratiquement quatre établissements qui sortent du lot, à savoir : le Prytanée militaire de Saint-Louis, la Maison d’éducation Mariama Bâ, le Lycée d’excellence de Diourbel et le Lycée Seydina Limamoulaye. L’école étant l’affaire de tous, c’est heureux de constater que plusieurs acteurs jouent leur partition pour une éducation de qualité dans
notre pays. A cet effet, la démarche partenariale de l’actuel ministre de l’Education est à saluer et à consolider.Les Assises de l’éducation et de la formation ont été un moment de partage et de réflexion entre tous les acteurs de l’école et les fortes recommandations et les onze décisions validées par le conseil présidentiel n’ont toujours pas été accompagnées de suivi. Des abris provisoires existent encore dans certaines zones du pays et l’introduction des langues nationales à l’école n’est pas effective alors que l’expérience des écoles communautaires pouvait être mise à profit pour accélérer ce processus.L’alphabétisation reste encore le parent pauvre du système avec le sous-financement et la non-valorisation des personnels. Le sous-secteur n’a plus de grands projets. Il y a un manque de synergie entre l’éducation nationale et la formation professionnelle qui pourrait utiliser les langues nationales comme medium au niveau de la formation-apprentissage des métiers. L’éducation inclusive et le numérique ne sont pas bien pris en charge dans nos enseignements-apprentissages.

Que recommandez-vous ?
En guise de recommandations, je pense qu’il faut plus de synergie dans les actions menées par les différents acteurs du système, à savoir, le ministère, les syndicats, les collectivités locales, la société civile active en éducation, les parents d’élèves, mais aussi rendre le partenariat beaucoup plus dynamique. Un dialogue permanent entre acteurs peut contribuer à la réussite des cinq priorités pour les cinq ans à venir, à savoir : promouvoir un climat apaisé dans l’espace scolaire, renforcer l’efficacité et l’efficience du système, renforcer les capacités des enseignants et améliorer le pilotage stratégique des structures, assurer à tous un accès à une éducation de base de qualité et systématiser l’éducation aux valeurs. Il faut impérativement, pendant les vacances scolaires, procéder au bilan des examens du Bac et du Bfem avec tous les acteurs pour apporter des corrections nécessaires.
L’organisation du Concours général, qui célèbre l’excellence à l’école avec la haute autorité de l’Etat, doit être plus inclusive et démocratique. Un comité de suivi des recommandations doit être mis en place avec les acteurs du système.Dans le cadre du monitoring en vue du respect des accords signés avec les organisations syndicales, il est souhaitable que le secrétaire général de la Présidence de la République convoque une rencontre dès la fin des vacances gouvernementales.
Il faut aller vers la suppression définitive des abris provisoires qui constituent un frein pour l’atteinte de la qualité. L’implication des organisations actives et expérimentées en alphabétisation dans l’introduction des langues peut à coup sûr aider à la réalisation de ce projet.Pour que le sous-secteur de l’alphabétisation, qui était très apprécié dans la sous-région et dans le monde, puisse retrouver son lustre d’antan, il faut aller vers un diagnostic sans complaisance, un plan d’actions et des projets et programmes importants. Il est indispensable de penser à l’utilisation des langues dans l’enseignement professionnel en vue d’une meilleure articulation entre la formation et l’emploi. Il est plus que nécessaire d’intégrer dans les formations initiales et continues des modules comme l’éducation inclusive et le numérique.

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